littérature russe
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Axionov Vassili
AXIONOV
Vassili
(1932- / )

Biographie :

Fils d'Evguenia S. Guinzburg, déportée à la Kolyma en 1937 et auteur du Vertige et du Ciel de la Kolyma, Vassili Pavlovitch Axionov naît à Kazan le 20 août 1932 à Kazan. Longtemps éloigné de ses parents déportés, il retrouvera sa mère à l’âge de 16 ans à Magadan, "capitale" des camps de la Kolyma (1948) où il vivra durant deux années.

Après des études en médecine à Leningrad qu’il achèvera en 1956, Vassili Axionov s’oriente vers l’écriture et connaît le succès (particulièrement auprès de la jeunesse) avec son premier roman, Confrère (1960) pourtant critiqué par Khrouchtchev qui en autorisera toutefois la publication. Suivront par la suite une vingtaine de romans et nouvelles dépeignant une jeunesse impertinente, à la recherche de liberté et de fait bien opposée à l'imagerie officielle soviétique (son roman Billet pour les étoiles parlant par exemple de sexe, de torrides soirées méridionales, de rock’n’roll, de belles filles et de jeans). Ceci explique le fait que plusieurs des ses manuscrits se voient interdits de publication à partir des années 70.

En 1979, Vassili Axionov démissionne de l’Union des écrivains soviétiques dont il était membre depuis 61 pour signifier son opposition au refus de l’Union de réintégrer Eugène Popov et Victor Erofeev responsables de la publication dans Métropole d’auteurs censurés.

En 1980, il est déchu de la nationalité russe et expulsé. S’installant alors à Washington, il enseigne la littérature. En 1989, il effectuera un premier voyage en Russie. Il publiera la même année Une saga moscovite. Revenu depuis au pays, Axionov, partage désormais sa vie entre Moscou et Biarritz.

Ressources :

Interview
Irina Barmetova
Moskovskié Novosti - janvier 2005

Comment vous est venue l’idée de votre roman Volteriantsy i Volterianki * [Voltairiens et Voltairiennes] ?

VASSILI AXIONOV : Il y a quelques années, j’ai lu un ouvrage sur la correspondance de Voltaire et Catherine II, avec de nombreux extraits de leurs lettres. Cela ressemblait à un dialogue entre deux personnes, presque amoureuses, parfois même jalouses. J’ai alors songé qu’il serait intéressant d’écrire quelque chose dans le genre “true stories which never happened”, des histoires vraies qui n’ont jamais existé. J’étais surtout séduit par l’idée d’une rencontre entre Voltaire et Catherine. La tsarine aurait pu lui fixer rendez-vous quelque part en Europe et venir sur un navire armé de cent canons. J’ai peu à peu accumulé des matériaux sur cette époque, et à un moment j’ai senti que je pouvais me lancer dans un récit structuré.

Cela donne un roman étrange, dont l’une des héroïnes est la langue.

VASSILI AXIONOV : Le plus dur, pour moi, a été de trouver le bon style. Mais j’ai fini par saisir l’intonation adéquate, celle qui permettait d’utiliser des archaïsmes sans couper les ponts avec notre époque. Dans le roman, Voltaire est très présent, et il fallait tenir compte de sa manière de s’exprimer, plus ampoulée que le français moderne.

Dans votre roman, Voltaire a un ton qui paraîtra flagorneur aux lecteurs contemporains.

VASSILI AXIONOV : Voltaire était un formidable flagorneur. C’est bien là ce qui fait la complexité de son caractère. En outre, pour employer le langage d’aujourd’hui, il avait un remarquable sens des relations publiques et ne manquait pas une occasion d’exploiter ses liens avec l’aristocratie.

Chez nous, il est largement tombé dans l’oubli, car il a la réputation d’être ennuyeux. Pourtant, sa philosophie ne l’est pas, et son style faisait l’admiration de Pouchkine.

VASSILI AXIONOV : Je crois qu’il a dit lui-même qu’il n’était pas un vrai philosophe. Et en effet, il ne l’était pas. Mais c’était un démiurge. J’ai eu envie de rafraîchir son image. De dire à quel point c’était un homme exceptionnel, doté d’une force créatrice immense. Personne ne pouvait lui résister, les aristocrates se précipitaient pour le servir, les gens du peuple détachaient son attelage pour tirer eux-mêmes son carrosse, il était follement aimé. Comment cela aurait-il été possible s’il avait été ennuyeux ?

Votre roman se situe en 1764, alors que Catherine vient juste d’accéder au trône. Voltaire voit en elle une jeune tsarine que l’on peut sensibiliser aux idées libérales. Aujourd’hui aussi, dans notre pays, le sort des idées libérales est en jeu.

VASSILI AXIONOV : Oui, c’est stupéfiant, la situation d’alors rappelle bel et bien les discussions actuelles sur la création d’un empire libéral. En France, les “philosophes” démolissaient la religion tout en redoutant la révolution. Ils n’avaient jamais pensé que leurs idées l’emporteraient. Néanmoins, Voltaire et Diderot appelaient sans doute de leurs vœux la création d’un empire libéral. Et ils voyaient en Catherine une incarnation de leur idéal.

Comment avez-vous imaginé la scène de la rencontre entre Voltaire et Catherine ?

VASSILI AXIONOV : J’ai d’abord pensé décrire tout simplement son arrivée, l’entrée de cette magnifique dame, et rien d’autre. Ensuite, je me suis souvenu qu’à cette époque, les bals masqués étaient très en vogue. L’impératrice Elisabeth [qui a précédé Catherine sur le trône] ordonnait que ses cavaliers soient vêtus en dames, et les dames en hommes. Il y avait une tendance à l’androgynie à la cour de Saint-Pétersbourg. Catherine adorait se travestir.

Sans le dialogue entre Voltaire et Von Figuine**, votre livre aurait le charme du roman d’aventures mais il y manquerait le sens même de ce que vous avez écrit. Vous n’avez pas eu peur d’accorder autant de place à la philosophie ?

VASSILI AXIONOV : Non. La rencontre entre Voltaire et Von Figuine a une importance toute particulière. C’est là que le diable apparaît, se déclare athée, exige de Voltaire qu’il déclare que Dieu n’existe pas. Mais celui-ci ne peut s’y résoudre. Il y a là un affrontement primordial d’opinions, d’idées, nourri entre autres par le tremblement de terre de Lisbonne de 1755.

* Ed. Izografous, Moscou, 2004. A paraître en mars 2005 chez Actes Sud sous le titre A la Voltaire.
** Déformation humoristique de Denis Fonvizine, philosophe attaché à la cour de Catherine II, qui a écrit des satires sur les aristocrates russes.


Documents et textes


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Bibliographie :

Oeuvres présentées :

Le Héron
Une Saga moscovite
Le doux style nouveau
Lumineuse césarienne
Les Oranges du Maroc
A la Voltaire
Les hauts de Moscou

Autres oeuvres :

L’Oiseau d’acier
L’Ile de Crimée
Une brûlure
Paysage de papiers
Un petit sourire, s’il vous plait
A la Recherche de "Melancholy baby"
Le Jaune de l’oeuf
Physicolyrica