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Des origines à la fin du XVIIIème siècle
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Des origines à la fin du XVIIIème siècle
Bien qu’elle possède ses propres sources puisées dans sa culture orale, la littérature russe va se nourrir, au cours du XVIIIème siècle, des thèmes et genres de la littérature européenne. Débute alors une phase d’assimilation portée par des auteurs qui se limitèrent bien souvent de traduire ou transposer sans art les écrits de l’Ouest...
I - Des origines jusqu’au XVIIIème siècle
La littérature russe est à la fois ancienne et récente selon que l’on considère la littérature dans son acception large (tout usage du langage, pas uniquement écrit) ou dans un sens plus limité (œuvre écrite dans la mesure où elle porte la marque de préoccupations esthétiques). Ainsi, jusqu’au XVIIIème siècle, deux formes d’activité littéraire vont se développer.
1 -La littérature orale
La littérature russe s’est construite, à l’origine, sur une tradition orale d’inspiration populaire appartenant plutôt au folklore. Parmi ces récits, il convient de différencier les comtes qui ne furent pas spécifiques à la Russie mais plus une résurgences indo-européenne commune à une grande partie de l’Europe (on retrouvera ici les récits du Petit Poucet, du Chat botté,…) et les bylines. Petites compositions épiques en vers vantant les exploits de personnages biens souvent fabuleux ou historiques. Il convient ainsi distinguer les bylines légendaires appartenant au cycle de Kiev (centrés sur la vie de Vladimir et des chevaliers luttant contre les Mongols dont Ilya de Mourom, paysan paralysé guéri miraculeusement à l’age de 33 ans et défendant alors la Russie kiévienne, ou encore Aliocha Popovictch, l’astucieux fils de pope) ou au cycle de Novgorod (dont les thèmes exprimeront les volontés d’émancipation de cette cité marchande au travers ses personnages tel le marchand Sadko ou le libre aventurier Bouslaïev) des bylines historiques du cycle de Moscou qui évoquent quant à elles les vies d’Ivan IV ou encore de Pierre le Grand.
2 - Les premiers écrits (XIème - XIIIème siècle)
Les premiers écrits sont liés à une double assimilation, à savoir l’adoption du slavon et l’adoption par l’Etat russe de l’orthodoxie byzantine.
Codifié deux siècles plus tôt pour faciliter l'évangélisation des populations slaves par deux missionnaires (Cyrille et Méthode), l'alphabet dit cyrillique a été construit à partir d’un dialecte bulgare qui, bien qu’éloigné de l’oral, était alors compréhensible par la majorité des Slaves. Ce dialecte vieux-bulgare devint le slavon. Cette langue liturgique qui finit par servir à des usages profanes (rédaction de chroniques notamment), fut progressivement altéré par le langage parlé, l’intégration de se langage plus vivant donnant naissance au vieux-russe. Le russe moderne a fini par se fixer définitivement par équilibrage de ses composantes russes et slavonnes.
Elaborés dans la perspective d’évangéliser les peuplades slaves, les écrits en slavon se multiplièrent suite au rapprochement avec Byzance. Les premiers écrits sont donc avant tout des traductions d’ouvrages religieux (liturgies, sermons, vies des saints,…) rendus plus accessibles par l’utilisation du slavon. Une production écrite plus historique (rédaction de nombreuses chroniques) et liturgique qu’à proprement littéraire. A cette époque, rares seront les écrits originaux, hormis Le sermon sur la loi et la grâce (1050) par l’orateur Hilarion qui célèbre en la figure de Vladimir le saint qui a fait sortir la Russie du paganisme, le Récit des temps anciens (appelé encore la chronique de Nestor ou Première chronique), qui relate l’histoire des peuples slaves jusqu’au début du XIIième siècle ou encore Le Dit d’Igor, écrit appelant à l’unité des peuples slaves. Premier récit poétique, sa date d’écriture reste néanmoins très controversée.
3 - Un développement limité (XIIIème - XVIIIème siècle)
Mais la période des apanages qui vit le pays secoué par de nombreuses luttes intestines et ravagé par l’occupation Mongole (du XIIIième au XVième siècle), limita le développement de la littérature russe (1ère imprimerie à Moscou en 1563, soit un siècle plus tard qu’en Europe). La littérature d’alors relata essentiellement les méfaits de l’occupation mongole (souvent interprétée comme le châtiment divin infligé aux russes pour leurs péchés). Cette valeur documentaire des livres s’exprime pleinement dans le récit Voyage par-delà les trois mers d’Athanase Nikitine, un marchand de Tver relatant son voyage jusqu’en Inde ; récit qui témoigne par ailleurs du développement d’une importante littérature de voyage à cette même époque. Plus original, le Domostroï (L’organisation de la maison) écrit vers 1500, décrit les règles qu’il convient de suivre pour mettre de l’ordre dans sa maison ; ouvrage qui offre une description des us et coutumes de l’époque.
A cette période de régression succède une période d’isolement, la Russie se voyant privée de ses racines byzantine suite à l’occupation par les Turcs de l’empire Byzantin (2nd moitié du XVième siècle). Moins perméable à une culture européenne chrétienne aux bases latines, la Russie s’isola des grands mouvements de la pensée (la Renaissance puis la Réforme) qui allèrent marquer l’Occident. Quelques écrits rendront compte des incertitudes culturelles et religieuses que traversera alors une Russie en plein changement (affirmation de l’autocratie, réforme de l’Eglise,…). Ainsi, La Vie d’Avvakoum par lui-même témoigne de l’opposition de son auteur aux réformes introduites par Nikon, et la Description de la Russie sous le règne d’Alexis Mikhaïlovitch de Kotochikhine, satyre sur la société russe du XVIIième siècle. Ces écrits, dont la valeur littéraire reste pauvre, laissent de plus en plus place à une langue populaire au détriment du slavon russe livresque.
II - La littérature russe à l’école de l’Europe (XVIIIème siècle)
Les réformes voulues par Pierre le Grand au début du XIIIème siècle favorisèrent le développement de la littérature russe. En effet, le souci d’instruction et de développement des sciences impliqua, la traduction et la publication de nombreux ouvrages occidentaux amenant la littérature laïque à supplanter la littérature d’église. Elément significatif témoignant du développement de l’écrit, la publication du premier journal intervient en 1703.
1 - De la copie…
Mais cette ouverture vers l’Europe permit surtout à la littérature russe de s’ouvrir tant aux idées des lumières qu’aux thèmes et genres classiques. Débute alors une phase d’assimilation à l école de l’Europe portée par des auteurs qui n’avaient bien souvent de russe que la langue : ayant pour une grande majorité étudiés en Europe, il se contentèrent bien souvent de traduire ou transposer sans art les écrits de l’Ouest. Des auteurs comme Antioch Cantemir, Vasily Trediakovski, et Mikhaïl Lomonossov au début du XVIIIe siècle forment la première vague littéraire russe. En poésie Derjavine, en prose Karamzine et Radichtchev, au théâtre Soumarokov et Fonvizine défrichent des genres littéraires pour l'instant inexistants.
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Cantémir  Lomonossov |
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Ainsi, Cantémir (1708-1744), Moldave fervent défenseur des réformes (ses Satires lui valurent de nombreuses inimitiés), est avant tout le premier à avoir importé en Russie les écrits d’auteurs classiques (Boileau, Horace,…) en usant d’une langue brassant slavon, termes étrangers et expressions populaires. De même, Soumarokov (1718-1777) traduisit plus qu’il n’écrivit des récits et comédies reprenant les classiques de Voltaire et de Molière.
Parallèlement à ces adaptations formelles, la langue elle-même subit de profondes transformations : une nouvelle langue profane fut progressivement élaborée, distincte du slavon. Ainsi, s’éloignant de la copie simple, Trediakovski (1703-1769), poète attitré de la tsarine Anna, fut l’un des premiers à initier une réflexion, dans son œuvre de qualité somme toute très variable, sur la langue russe qu’il juge soit trop vulgaire, soit trop savante, soit trop germanisée ; langue que les travaux de Lomonossov (1711-1765) contribuèrent à faire évoluer en en harmonisant et en en fixant les règles. Plus que ses écrits (ode pour l’anniversaire de l’avènement d’Elisabeth Petrovna, Méditation à l’occasion d’une aurore boréale), on doit à cet érudit qui étudia la philosophie, la physique, les mathématiques et la chimie (il est considéré par certain comme l’un des précurseurs de la science de l’atome), la première grammaire de la langue russe.
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2 - … à l’affirmation des idées et des genres
Si Pierre insuffla le développement de la pensée occidentale en Russie, on doit à Catherine II qui permit et plaida pour leur diffusion, l’avènement de cette pensée dans la littérature russe. Tsarine cultivée, favorable aux idées des lumières, elle témoigna d’un intérêt particulièrement marqué pour le monde des lettres. Ainsi, elle invita Voltaire, publia une revue (Choses et autres) et rédigea des comédies gentiment satiriques qui fustigeaient les nobles ignorants. Insufflée d’en haut, cette liberté d’expression connut rapidement ses limites dans par ses menaces trop directes qu’elle représentait. Face à ces écrits subversifs et suite à la Révolution française, la tsarine musela alors la littérature russe.
Propriétaire fortuné, plus éditeur qu’auteur, Novikov (1744-1818) fut ainsi emprisonné 4 année pour avoir diffusé, via la Compagnie de Typographie qu’il avait créé, plus de mille ouvrages favorables aux lumières. C’est le même sort qui attend Radichtchev (1749-1802) premier écrivain révolutionnaire russe suite à la publication de son Voyage de Petersbourg à Moscou, peinture féroce de la vie dans la Russie des campagnes.
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Dérjavine |
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Moins polémiques, Fonvizine (1745-1792) et Derjavine (1747-1816) témoignent, par leurs écrits, de l’effort d’assimilation et de maîtrise réalisé par la littérature russe. S’amusant, à travers ses personnages authentiquement russes au parlé populaire, des tares et mœurs de la bourgeoisie, les comédies de Fonvizine (le brigadier, le blanc-bec gentilhomme), dont la qualité à proprement artistique reste limitée, valent à son auteur d’être considéré comme le premier véritable auteur de comédies de la littérature russe. Par sa maîtrise du rythme des vers et de leur sonorité plus que par l’originalité de sa pensée ou son style, Derjavine (Ode sur la mort du prince Mechtcherski, Grand Seigneur, Ode à Félitza) peut quant à lui être considéré comme le premier poète de la littérature russe.
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A l’aube du XIXème siècle, la littérature russe, ayant assimilé en élève studieuse de l’Europe les genres et les styles littéraires, s’est dotée d’une langue authentiquement nationale capable de transcrire ses pensées
et ses souffrances qui s’exprimeront alors dans le romantisme et le sentimentalisme naissant.
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