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La Russie des apanages (XIIIème - XVième siècle)


Si durant le règne de Kiev il existait déjà de nombreux apanages, ceux-ci devinrent antagonistes lors du déclin de la ville. Cet antagonisme fut attisé par la présence mongole qui entraîna le morcellement du pays en de multiples pôles actifs à la périphérie du Khanat de la Horde d’Or.

Si certaines de ces régions connurent une prospérité éphémère (l’Etat Russo-lituanien à l’Ouest, la Galicie et Volhynie au Sud-Ouest), d’autres, situés plus au Nord, surent tirer avantage de leur éloignement du Khanat de la Horde d’Or et des ennemis européens pour se développer.

I –La Russie et les Mongols

Sous la conduite de Gengis Khan puis de Batou, l’armée mongole, après un premier échec sur la rivière Kalka (1223), prit Vladimir (1223) puis Kiev en 1240. Stoppant l’avancée de ses armées, Batou établit sur la basse Volga un nouvel Etat indépendant : le Khanat de la Horde d’Or. Les principautés russes, divisées, se virent contrainte de reconnaître la domination mongole, l’investiture au poste de Grand Prince étant notamment soumise à l’approbation des Mongols.

En 250 ans de règne, les Mongols ont surtout pénalisé la Russie par les destructions massives, les impôts trop lourds et une régression culturelle, morale et scientifique.

II –Les apanages du Nord et du Nord-Est

Après qu’André Bogolioubski eut pillé Kiev et pris Vladimir pour capitale, le Nord et le Nord-Est connurent une très forte ascension. Cette région, par son éloignement aux Mongols, se développa lentement à l’inverse du morcellement du territoire russe.

A - La république de Novgorod

Lors du déclin de Kiev, cette ville, fondée au VIIIième siècle et comptant près de 30 000 habitants, devint la capitale de la Russie septentrionale.
La république de Novgorod connut son apogée avec Alexandre Nevski. Celui-ci repoussa les Suédois sur la Néva (1240) et les Chevaliers Teutoniques lors de la « bataille des glaces » sur le lac Tchoudes en Estonie (1242). Préférant la négociation et la diplomatie à l’égard de la Horde d’Or, il devint le favori du Khan qui le nomma Grand Prince (1252-1263).

Après son âge d’or durant le XIIième et XIIIième siècle, Novgorod déclina par ses dissensions internes et notamment entre une oligarchie naissante et les pauvres qui se rallieront à Ivan III en 1478.

B - L’ascension de la Moscovie

La dynastie princière proprement moscovite commence avec Daniel au XIIIième siècle. Fils cadet d’Alexandre Nevski et donc sans pouvoir, il décida de développer son apanage le long de l’Oka.

Ses fils Iouri (1303- ?) et Ivan Ier Kalita (1328-1341), puis les fils de celui-ci, Siméon le Fier (1341-1353) et Ivan II le débonnaire (1353-1359), poursuivirent le développement de cet apanage en gardant la haute main sur l’administration et en maintenant de bonnes relations avec la Horde d’Or.

Fils d’Ivan II, Dimitri Donskoï (1359-1389), parvint à écraser Tver mais connut, après plusieurs succès (dont celui de Kolikovo en 1380), un échec face aux Mongols dont il dut reconnaître la suzeraineté. Cette soumission se poursuivit sous le règne de Basile Ier (1389-1425).

Son fils, Basile II l’Aveugle (1425-1462) accède alors au pouvoir. Outre une indépendance de plus en plus grande à l’égard d’une Horde d’Or en pleine explosion, son règne est marqué par le Concile de Florence (1439) qui voit l’Eglise moscovite se détacher de celle de Byzance.

C’est néanmoins sous le règne d’Ivan III (1462-1505) que débuta réellement le « rassemblement du peuple russe. » Pour cela, il acheta, hérita et soumit (Novgorod en 1478, Tver en 1485) de nombreux apanages et écrasa définitivement les Mongols en 1480 : c’est la fin de la Russie des apanages.

Outre l’éloignement aux Mongols, l’ascension de la Moscovie s’explique aussi par l’ascension parallèle de l’influence religieuse de Moscou par (patriarcat) qui favorisa l’implantation de monastères sur les terres nouvellement conquises ; par la présence moindre de la noblesse sur les terres de l’Est et par une lignée limitée évitant d’autant le morcellement de la principauté.

Il convient de souligner l’importance de son mariage avec une princesse byzantine, qui importa avec elle la notion du prestige du souverain.

Notons aussi l’instauration du poméstié, système d’attribution des terres en fonction des services rendus. Si ce système fournit les cadres militaires et administratifs nécessaire à la centralisation du pouvoir, il favorisa aussi l’instauration d’un servage massif, la nouvelle noblesse ne pouvant vivre que par le travail des paysans.

Poursuivant la reconquête des terres russe, Basile III (1505-1533) sut affirmer l’autorité du Prince en écrasant les boyard et les anciennes familles princières.